Artisans de l’ONF

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Hébert Pierre

Portrait Hébert Pierre

Entre 1962 et 1965, Pierre Hébert étudie l'anthropologie à l'Université de Montréal où il obtient un baccalauréat ès Sciences en 1964. Il y fait également sa scolarité de maîtrise, en 1965. Durant ce temps, il réalise quelques petits films indépendants et pratique la gravure à l'Atelier libre de recherche graphique avec Richard Lacroix. Pierre Hébert mènera de front sa carrière d'animateur-réalisateur à l'ONF et ses activités dans le domaine des beaux-arts (gravure, dessin, sérigraphie).

En 1965, inspiré par Norman McLaren, il entre à l'Office national du film du Canada où il est employé au service de l'animation. Il réalise Op Hop - Hop Op, qui recoit le Grand prix du court métrage au Festival du cinéma canadien, en 1967. Toujours à l'affût des nouvelles techniques, en 1967 il fait un stage en animation par ordinateur au Polytechnic Institute de Brooklyn. L'année suivante, il utilisera ces nouvelles techniques dans le film Autour de la perception/Around Perception.

Dès le début des années 70, Pierre Hébert imprime à ses films une portée sociale (Père Noël, père Noël, 1974) ou politique, d'abord avec humour (Le Corbeau et le Renard, 1969), puis dans un discours plus direct pour dénoncer le chômage (Entre chiens et loup, 1978) et la guerre (Souvenirs de guerre, 1982). Hébert favorise la gravure sur pellicule mais travaille parfois avec du papier découpé, parfois en mêlant les deux techniques.

Après ce film, il force les cadres de son travail et sort du film d'animation comme tel pour se mesurer en tant que cinéaste-animateur à d'autres arts. Commence alors une aventure et une exploration des nouvelles technologies et du multimédia. Ainsi, à compter de 1983, il cherchera à dépasser le cadre du film d'animation et à trouver d'autres points d'ancrage tout en restant un cinéaste d'animation sur le plan technique. Souhaitant élargir et renouveler son cadre de référence esthétique, il s'associera avec des artistes de domaines aussi variés que la danse, la performance, la musique et la littérature et fera de la gravure sur pellicule en direct à l'occasion d'expositions ou de performances, au Canada, aux États-Unis et en Europe. Notons plus particulièrement la tournée européenne La Symphonie interminable, un spectale cinéma/musique avec les musiciens Jean Derome, Robert M. Lepage et René Lussier, Chants et danses du monde inanimé - Le Métro/Songs and Dances of the Inanimate World: The Subway, présenté au Québec avec les mêmes musiciens, et Adieu Léonard, performance musique/gravure sur pellicule en direct, présentée en marge de l'exposition Léonard de Vinci, ingénieur.

En plus de ses propres films et des performances publiques animation/autres arts auxquelles il prend part, Pierre Hébert grave souvent sur pellicule des bandes-annonces pour des festivals et d'autres événements, ainsi que des séquences animées qui sont intégrées soit à des documentaires, soit à des films de fiction, par exemple, Comment savoir de Claude Jutra (1966), C'est pas chinois co-réalisé avec Gilles Gascon (1973), Beyrouth! "À défaut d'être mort" de Tahani Rached (1983), O Picasso de Gilles Carle (1985), et Trois pommmes à côté du sommeil de Jacques Leduc (1988). On lui doit aussi les effets spéciaux du film Portion d'éternité de Robert Favreau (1989).

Pierre Hébert collabore également avec des compagnies de danse et des danseuses contemporaines tels que O Vertigo, Louise Bédard, Rosalind Newman. Il s'est associé au musicien Fred Frith avec qui il a présenté des performances d'animation en direct sur la musique de ce dernier, à divers festivals de jazz internationaux, et avec David Borden ainsi que Bob Ostertag pour des improvisations cinéma-musique présentées aux États-Unis et en Europe.

Souvent, la pellicule gravée lors de performances ou de spectacles devient un film. Il en est ainsi pour Chants et danses du monde inanimé - Le Métro (1985), Adieu Bipède (1987) et La Lettre d'amour (1988), film réalisé à partir d'une série d'ateliers d'improvisation impliquant danse, écriture, musique et cinéma gravé directement sur pellicule dont a résulté un spectacle présenté sous le titre Conversations, où chacun tentait de se projeter au-delà des frontières de sa propre discipline. Pendant que le projecteur tournait, l'animation était gravée en direct, sur une bande 16 mm formant une boucle de 36 secondes, qui peu à peu se remplissait de ces images faites sous pression. Dix-huit de ces boucles ont été assemblées et le texte de la toute première improvisation a été retenu.

Pierre Hébert a réalisé un long métrage en co-production avec la France, découlant du spectacle La Plante humaine. Le film combine animation, prises de vue réelles et documents d'archives. Il lui arrive d'enseigner l'animation dans diverses institutions d'enseignement supérieur ou de donner des ateliers techniques en région. Dès 1964, Pierre Hébert collabore à la revue de cinéma Objectif. Il y restera jusqu'en 1967 mais tout au long de sa carrière de cinéaste, il ne cessera de coucher ses réflexions dans des articles dont certains lui vaudront des prix.

Pierre Hébert est très impliqué dans le milieu du cinéma. Il a été président du Conseil québécois pour la diffusion du cinéma de 1970-1971 et membre du Comité organisateur de Convergence (1990-1993). Il a aussi fait partie du Conseil d'administration de la Cinémathèque québécoise. Il en a été secrétaire en 1990, puis président depuis 1992. Il est aussi membre du Comité artistique de l'Agora de la danse, en janvier 1994.

Tous ceux qui s'intéressent à l'oeuvre de Pierre Hébert peuvent consulter les articles qu'il a écrits et les articles écrits sur lui. Ils peuvent également se référer à la brochure Réflexions à haute voix sur un cinéma improbable, à propos de Souvenirs de guerre, publiée à l'ONF. Réal La Rochelle a réalisé avec Hébert Faire un film, une vidéo d'une heure au sujet de la production de Étienne et Sara (1984). Des rétrospectives des films de Pierre Hébert ont lieu régulièrement au Canada et à l'étranger. 

Bibliographie

  • Textes récents de Pierre Hébert
  • Notes sur l'improvisation, Revue et corrigée, hiver 1994, Grenoble, France, no hors série Improvisation, quoi de neuf?
  • Égarements volontaires et autres courts textes, Cahier de théâtre Jeu/Festival international de la nouvelle danse, Montréal, 1993.
  • Musicalité ou oralité? (Réflexions d'un cinéaste qui voulait " faire comme un musicien "), in Cinémas, Vol. 3 no 1, automne 1992, Montréal, p. 43-63.
  • Le cinéma d'animation : entre la nostalgie du dessin et le désir de la danse, in Esquisses psychanalytiques, no 17, printemps 1992, Paris.
  • Montréal animée, in Montréal, ville de cinéma, Cinémathèque québécoise, Montréal, 1992.
  • Critique de l'idéologie hypermédiatique, in 24 Images, no 54, printemps 1991, Montréal.
  • Un cinéaste face aux nouvelles technologies, in La Revue de la Cinémathèque, déc. 89 - jan. 90, Montréal, p. 9-10.
  • Pierre Hébert, lettre du Canada, in CinemAction, Le cinéma d'animation, no 51, avril 89, Paris, p. 81-83.
  • Travailler avec des musiciens, in Revue ASIFA/Canada, Vol. 14, no 3, déc. 1986, Montréal.
  • Chants et danses du monde inanimé : le métro: notes sur une expérimentation sonore en cinéma d'animation, in Protée, Vol. 13 no 2, Chicoutimi, été 1985.
  • Réflexions à haute voix sur un cinéma improbable - Souvenirs de guerre, brochure publiée par l'ONF, Montréal, 1983.

Textes sur Pierre Hébert

  • Jean, Marcel, "Pierre Hébert, l'homme animé", Les 400 Coups
  • Jean, Marcel, " Pierre Hébert et l'informatique : gravure sur pellicule et technologie de pointe ", in Revue ASIFA/Canada, Vol. 21, no 3, Montréal, déc. 93, p. 18-19.
  • La Rochelle, Réal, " Parcours québécois et canadien en cinématographie ", in Cinémas, Vol. 3, No 1, Montréal, automne 92.
  • La Rochelle, Réal, " Les performances cinéma/musique avec Pierre Hébert : la défenestration audiovisuelle (notes pour un essai), in Revue canadienne de la théorie politique et sociale, Vol. 14, nos 1-3, Montréal, 1990, p. 190-203.
  • Papineau, A., " Les interventions de Pierre Hébert ", in Copie Zéro, no 37, Montréal, oct. 88, p. 31-34.
  • Welsh, Henri, " Le cri d'un poète : Hébert ", in Jeune Cinéma, no 170, Paris, nov.-déc. 85, p. 34-37.

» Voir aussi Pierre Hébert sur Wikipedia

» Visionnez des films de Pierre Hébert sur ONF.ca