Artisans de l’ONF
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Desjardins Denys
Selon le Dictionnaire du cinéma québécois, Denys Desjardins est un « cinéaste touche-à-tout à l'esprit curieux animé par une cinéphilie débordante dont il imprègne la plupart de ses films ». Cinéaste, producteur, caméraman, monteur et aussi historien du cinéma, il s'engage activement pour la défense des institutions culturelles et siège à plusieurs conseils d'administration, dont celui des Rendez-vous du cinéma québécois et de La soirée des Jutra. Sa passion pour le septième art prend racine dans sa plus tendre enfance quand, fasciné, il voit son père tourner, monter et projeter de courts films en 8 mm pendant que sa mère travaille à la machine à coudre. C'est dans ce contexte qu'il affirme : « Je suis né de la rencontre entre une machine à coudre et une machine à vue ». Dès lors, le cinéma devient son terrain de jeu et la caméra un outil pour observer et analyser le monde. Pendant ses études universitaires en littérature, en cinéma et en communication, il fonde sa propre compagnie de production, Les Films du Centaure, ce qui lui permet de produire ses premiers courts métrages.
Marqué par la pensée et l'œuvre des cinéastes Dziga Vertov et Pierre Perrault, Denys Desjardins pratique un « cinéma vécu » basé sur une très longue fréquentation des personnes qu'il filme. Le cinéma, la famille et la continuité entre les générations sont des thèmes récurrents dans ses films comme en témoigne La dame aux poupées (Centaure, 1996), son premier court métrage tourné sur une période de cinq ans à l'île aux Coudres, un des lieux mythique du cinéma québécois. Avec La dame aux poupées, Desjardins suit les traces du cinéaste Pierre Perrault et pénètre l'univers particulier d'Annette, la fille de Marie et Alexis Tremblay, les célèbres personnages de Pour la suite du monde (P. Perrault et M. Brault, 1963). Le film de Desjardins remporte le prix du meilleur court métrage québécois remis par l'Association québécoise des critiques de cinéma en 1997, qui lui accorde l'année suivante un autre prix pour son film Contre le temps et l'effacement, Boris Lehman... (Centaure, 1998) un portrait de ce cinéaste belge pour qui la vie est une raison de filmer, et filmer une raison de vivre.
Denys Desjardins fait ensuite son entrée à l'Office national du film du Canada, où il s'impose rapidement comme un pionnier des nouvelles technologies d'Internet, lesquelles lui permettent de prolonger ses expérimentations cinématographiques. Il s'intéresse alors aux différents phénomènes reliés à la vision, vision de l'avenir et de la fin du monde avec Almanach (ONF, 1999) et vision artificielle que procure la caméra avec Mon oeil pour une caméra (ONF, 2001), une autofiction inspirée des théories du cinéaste russe Dziga Vertov. En plus d'une nomination pour le Jutra du meilleur documentaire 2002, ce film a fait l'objet d'un webzine (le Ciné-œil) et de prestations numériques à la Société des arts technologiques (SAT) et à Sunny Side of the Doc en France en 2001.
Après avoir produit et coréalisé Moi, Robert « Bob » (Centaure, 2003), il termine Histoire d'être humain (ONF, 2005), un long métrage qui, grâce à l'omniprésence de la caméra du cinéaste, nous permet de suivre sur toute une année les hauts et les bas de plusieurs élèves et professeurs d'une école publique. En 2006, il produit et coréalise Pierre et le sou (2006), lequel remporte le prix du meilleur court métrage de fiction au Festival Images en vue, et Retour en Amérique (Centaure, 2008), une œuvre collective. Nommé pour le Jutra du meilleur documentaire en 2008, son troisième long métrage Au pays des colons (ONF, 2007), nous entraîne à nouveau sur les traces de Pierre Perrault en compagnie de l'agriculteur et politicien abitibien Hauris Lalancette, personnage central d'une série de films réalisés par Pierre Perrault dans les années 1970. Racontant l'histoire d'une famille de colons qui luttent encore et toujours pour rester sur leur terre, le film tourné sur une période de sept ans revisite du même coup le patrimoine cinématographique légué par les cinéastes québécois qui, à différentes époques, se sont intéressés à cette région.
En 2005, Denys Desjardins amorce un cycle de film sur l'histoire du cinéma québécois qui le conduira à réaliser une tétralogie. Il tourne d'abord Le direct avant la lettre (ONF, 2006), un film qui nous permet de revivre l'éclosion du cinéma documentaire québécois, au tournant des années 1950 et 1960. Encore une fois, ce film remporte le prix du meilleur moyen métrage documentaire remis par l'Association québécoise des critiques de cinéma. Il poursuit avec De l'Office au Box-Office (Centaure, 2009) qui s'intéresse au cinéma de fiction des années 1940 à 1970, suivi de La vie privée d'Onyx Films (Centaure, 2010) qui raconte la naissance et la faillite d'une des plus importantes compagnies de production canadienne. Enfin, il termine en 2011 avec La vie privée du cinéma (Centaure, 2011), un film de quatre heures sur les années 1940 à 2010 avec une cinquantaine de pionniers et artisans du cinéma qui dressent un portrait de la privatisation de l'industrie du cinéma au Québec et au Canada.
Denys Desjardins publie, enseigne et donne régulièrement des conférences sur l'histoire de la culture et du cinéma québécois. Collaborateur à différents titres pour la Collection Mémoire de l'ONF, il est notamment le rédacteur en chef des livrets DVD pour l'œuvre cinématographique complète de Pierre Perrault. Plus récemment, il a développé un projet Internet intitulé Mémoire ONF afin de donner l'accès au patrimoine cinématographique et à la parole des pionniers du cinéma. Ce site met en valeur l'imposant fonds de films produits par l'ONF à travers la réalisation d'une cinquantaine de courts portraits de cinéastes qui partagent leurs mémoires du cinéma québécois et canadien.
« Visionnez Au pays des colons sur ONF.ca