Artisans de l’ONF
Fureter
Low Colin
"Il existe une culture canadienne. Pour certains, elle n'est qu'un pâle reflet de la culture américaine. Pour ma part, je la percois aujourd'hui comme une culture de survie de l'hémisphère nord et une affirmation de la vertu de "frugalité". Frugalité en ce sens n'étant pas synonyme de pauvreté, mais plutôt de pertinence." Allocution prononcée par Colin Low lors du visionnement consacré à l'ONF, à l'occasion de son 50e anniversaire, par la Director's Guild of America, 8 déc.1988, Los Angeles, Californie.
Élevé sur un ranch dans l'ouest du Canada, Colin Low fait des études au Banff School of Fine Arts puis à l'Institute of Technology and Art, à Calgary. En 1945, Low entre à l'Office national du film à la faveur d'un programme de formation d'été créé par Norman McLaren qui voulait mettre sur pied un studio d'animation canadien. Ses premiers travaux consisteront à faire le lettrage des titres à la main.
En 1948, il s'absente pour aller étudier à Stockholm. À son retour, il crée deux importantes séquences d'animation dans le documentaire Alerte : science contre cancer. À compter de 1949, Low est vraiment vu comme un cinéaste. Dès 1950 d'ailleurs, il est nommé chef de la section animation où il supervisera la production de certains des films les plus populaires de l'ONF, notamment Sports et Transports! (The Romance of Transportation in Canada) (1953), qui remportera plusieurs prix prestigieux.
Malgré son succès en animation, en 1953 Colin Low se tourne vers le documentaire. Il réalise alors Corral, en éliminant le commentaire et la voix-off caractéristiques des films de l'ONF de cette époque. Corral remporte le premier prix à la Mostra de Venise et plusieurs autres prix. Capitale de l'Or (1957), son film suivant, est acclamé à l'unanimité par la critique internationale qui le trouve brillant, poétique et sans reproche, et lui octroie dix-sept prix.
Chaque nouveau film semble être pour Low un terrain d'exploration sur le plan technique et esthétique. Ainsi, en 1960, il co-réalise Notre Univers (Universe) avec Roman Kroitor. Ce film allait inspirer Stanley Kubrick pour 2002: A Space Odyssey, qui songera même à engager une partie du personnel du Studio d'animation de l'ONF pour l'aider aux effets spéciaux.
Pendant les années soixante, Colin Low utilisera en précurseur des formats cinématographiques qui seront exploités, par la suite, par l'industrie privée. Il co-réalise Dans le labyrinthe pour Expo 67. Ce film utilise à la fois du 35 et du 70 mm. Projeté sur plusieurs écrans à la fois, on le considère toujours comme le précurseur des formats IMAX et OMNIMAX.
Après ce succès international, Low travaille avec des gens de Memorial University à Terre-Neuve au projet Challenge for Change/Société nouvelle, à une nouvelle approche du cinéma qui devait permettre d'utiliser le film comme outil de développement communautaire. Il s'agira d'enregistrer la réaction d'une communauté lorsque l'on filme ses problèmes et ses gens, et de lui projeter ce piétage afin de susciter les discussions et les critiques. Ainsi, les films qui composent la série Fogo Island feront date dans l'utilisation du film comme outil de changement social.
En 1972, Colin Low est nommé producteur exécutif du Studio C. En trois ans, il supervisera la production d'une centaine de documentaires.
En 1976, il devient directeur de la Production régionale. Il est alors responsable de cinq bureaux de production dans diverses régions du Canada.
Son intérêt pour les nouvelles technologies en fera un genre de visionnaire du cinéma. Ses films marquent souvent le point de départ de nouvelles approches. En 1979, il coproduit le film Atmos, en format Omnimax, avec l'appui des chercheurs de l'ONF qui mettent sur pied de nouvelles innovations pour répondre aux besoins du film.
En 1983, Colin Low s'intéresse à la stéréoscopie et au IMAX 3-D, et coréalise Transitions pour l'Exposition universelle de Vancouver.
En 1985, le Japon fait appel à Colin Low en tant que conseiller en 3-D et en animation sur le film Born of Stars, qui doit être présenté au Japanese Tsukuba World Fair.
Suite à cela, il coréalisera, en 1985, Urgence/Emergency, un film IMAX destiné au théâtre de l'Expotec, à Montréal. Ce film traite des derniers progrès et découvertes dans les domaines de la cardiologie et de la neurologie.
Puis, en 1989, Low travaille à titre de consultant sur le film Imax/Omnimax Le Premier Empereur de Chine, au coût de
6 800 000 $. Il s'agit d'une co-production de l'ONF, Xi'an Film Studio et du Musée canadien des civilisations.
L'Exposition universelle de Séville, en 1992, présente aussi une oeuvre co-signée par Colin Low. Il s'agit de Momentum, avec laquelle Colin Low, Tony Ianzelo et Ernest McNabb (à la cinématographie) abordent encore une fois un nouveau format, puisqu'il s'agit du premier film IMAX à haute définition, tourné à 48 images par seconde. En 1996, le film Le Tournage de Momentum explique comment ce film a été réalisé.
Moving Pictures (2000), le dernier film de Colin Low, est un documentaire intense qui aborde simultanément les horreurs de la guerre, l'art de produire des images, l'autobiographie d'un maître du cinéma tout en établissant des parallèles entre la fabrication d'armes en série et les images de violence projetées par les médias.
Colin Low a collaboré à près de 200 productions, le plus souvent à titre de réalisateur, co-réalisateur, producteur ou co-producteur. Une grande part de ses recherches depuis le milieu des années soixante a trait au cinéma sur écran géant. Membre de l'Académie royale du Canada, ce doyen du cinéma canadien a remporté plus d'une centaine de récompenses pour ses films. Il a aussi recu quelques doctorats honoris causa et d'autres prix et honneurs.
Tout au long de sa carrière, Colin Low s'est révélé un créateur inlassable, animé du désir de découvrir de nouvelles facons de faire les choses, d'essayer de nouvelles techniques et de produire des films de qualité. Son enthousiasme pour le cinéma ne lui a jamais fait défaut pendant les quelque 50 ans qu'il a travaillé à l'ONF. Toujours prêt à relever de nouveaux défis, Colin Low a expérimenté de nouvelles techniques dans le format IMAX 3-D HD.
Lors d'une cérémonie à Ottawa le 15 février 1996, Colin Low a été nommé membre de l'Ordre du Canada en reconnaissance de son extraordinaire contribution au cinéma tant au Canada qu'à travers le monde.
En décembre 1997, Colin Low a recu le Prix Albert-Tessier. Cet honneur lui a été décerné pour l'ensemble de son oeuvre et pour son apport important au cinéma canadien.
Bibliographie
- Textes de Colin
- Low Terre à vendre, in Lumières, no 31, Montréal, été 1992.
- Colin Low sees future for the NFB and the documentary, in Cinema Canada, no 165, Montréal, Juillet/août 1989, p.34.
- Docu-drama uses IMAX 35-mm film, in The Evening Telegram, 15 avril 1988.
- Large-Screen 3-D: aesthetic and technical considerations, in SMPTE Journal, no 93, Janvier 1984, p. 14-17.
Textes sur Colin Low
- Boulad, Bernard, Le cinoche du futur : IMAX, in Montréal, juin 1988, p. 60, 62.
- Caron, André, Imax/Omnimax : le défi formel, in Séquences, no 140, Montréal, juin 1989, p. 34-37.
- Harcourt, Peter, The Innocent Eye, in Sight and Sound, vol. 34, no 1, Hiver 1964/1965, p. 19-22 (reprinted in Feldman/Nelson, Canadian Film Reader, p. 67-77).
- Lefebvre, Jean Pierre, Colin Low, poète de la survivance, in Objectif 63, no 23/24, octobre/novembre 1963, p. 24-38.
- Pageau, Pierre, Colin Low et Pierre Perrault : points de convergence, in Dialogue : cinéma canadien et québécois = Dialogue: Canadian and Quebec cinema, Montréal, Mediatexte, Cinémathèque québécoise, 1987, p. 139-151.
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