Artisans de l’ONF
Fureter
Gosselin Bernard
1934 - Drummondville, Québec
2006 - Saint-Bernard-de-Lacolle, Québec
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On doit à Bernard Gosselin l'une des plus riches contributions au cinéma documentaire au Québec, tant comme caméraman que réalisateur.
À la suite d'études en arts graphiques, c'est d'abord à la conception des titres et génériques qu'il entre à l'ONF en 1956. L'équipe française s'apprête à éclore et il rencontre les cinéastes et artisans qui participeront avec lui à l'émergence du cinéma direct et l'essor du cinéma québécois, dans les décennies 1960 et 1970. Assumant peu à peu différents rôles, il fait bientôt ses débuts à la caméra. Son œil attentif et son aisance avec les techniques de caméra à l'épaule se révèlent dès ses premiers tournages, dans des films phares tels que Golden Gloves (1961) de Gilles Groulx et Bûcherons de la Manouane (1962) d'Arthur Lamothe. Il signe également sa première réalisation en 1961, le court métrage Le jeu de l'hiver (coréalisé avec Jean Dansereau).
Au cours de ces premières années d'initiation à la caméra, le tournage de Pour la suite du monde (1962) sera pour lui un événement déterminant. Coréalisé par Michel Brault et Pierre Perrault, ce documentaire est considéré comme le premier véritable chef-d'œuvre du cinéma direct de l'ONF. Gosselin agit comme assistant à la caméra, Brault étant l'opérateur en chef. Cette aventure engendre des amitiés durables et de multiples collaborations. Il tisse des liens particulièrement étroits avec Pierre Perrault, participant au fil des ans à presque tous ses films, jusqu'à son dernier en 1996, Cornouailles. Il coréalise aussi avec lui Le beau plaisir (1968) et Un royaume vous attend (1975), puis remporte, entre autres distinctions, le prix canadien de la meilleure direction photo pour Le règne du jour (P. Perrault, 1967).
À l'extérieur de l'ONF, il tourne aussi les images de deux longs métrages importants dans la cinématographie québécoise : À tout prendre (1964) de Claude Jutra et Entre la mer et l'eau douce (1967) de Michel Brault, dans lesquels il partage les crédits de direction photo avec Brault et Jean-Claude Labrecque. Ces œuvres de fiction innovatrices se situent à la lisière du documentaire et sont filmées dans un style très proche du cinéma direct.
Comme réalisateur, il s'est surtout concentré sur la transmission et la sauvegarde sur pellicule des traditions culturelles et artisanales au seuil de la disparition. Il a beaucoup filmé le travail manuel, le savoir-faire lié à la vie rurale d'autrefois et l'usage des matériaux fournis par la nature. Des films sur ces sujets constituent la série La belle ouvrage (1977-80). L'héritage de la musique traditionnelle est aussi exploré dans Jean Carignan, violoneux (1975) et La veillée des veillées (1976). Mais le film emblématique de ces préoccupations, et peut-être de toute l'œuvre de Bernard Gosselin, demeure César et son canot d'écorce (1971). Le dispositif est très simple et pourtant captivant : sans autre explication ou dialogue, on suit étape par étape la construction d'un canot d'écorce par un Attikamek de la Haute-Mauricie. Cet artisan s'approvisionne en matériaux à même la forêt - écorce de bouleau, planches de cèdre, résine d'épinette, peau et gras d'animal... - et ses gestes perpétuent une culture ancestrale en train de s'effacer.
Dans L'Anticoste (1986), portrait de l'Île d'Anticosti et de ses habitants, il est question encore une fois de l'enracinement d'un mode de vie sur le territoire naturel et d'une communauté vivant une transformation politique et la prise en charge de sa destinée. Car le film est tourné au moment où se constitue le premier conseil municipal dans l'histoire de l'île, jusque-là administrée par des pouvoirs extérieurs, privés ou gouvernementaux.
Dans leur forme, tous ces films sont à l'image de leurs sujets, empreints de grands espaces sauvages, de patience, de passion, et reposant toujours sur une grande complicité avec les personnages.
En-dehors de cette production documentaire, un objet inusité figure également parmi les réalisations de Bernard Gosselin, il s'agit du film de science-fiction pour enfants Le Martien de Noël (1970), sur un scénario de Roch Carrier. Malgré les absurdités du scénario et l'approximation des effets, dignes d'un Ed Wood, le choix d'assumer la pauvreté des moyens et d'errer en toute liberté dans l'imaginaire enfantin a permis au film de remporter un certain succès. Premier film indépendant pour enfants tourné au Québec, il fut précurseur de la série des Contes pour tous, et fut d'ailleurs complété et distribué avec l'aide de Roch Demers.
Enfin, on a aussi pu voir Bernard Gosselin à l'écran comme acteur dans divers petits rôles, notamment dans certains films de son ami Denys Arcand. Pour la postérité, Bernard Gosselin reste avant tout celui qui a capté certaines des images les plus mémorables du cinéma québécois des années 1960 et 1970. À l'ONF seulement, son nom est au générique pour la photographie de 74 films et la réalisation de 27 films.
» Voir aussi
Bernard Gosselin sur Wikipédia
http://fr.wikipedia.org/wiki/Bernard_Gosselin
Bernard Gosselin sur IMDB.com (en anglais)
http://www.imdb.com/name/nm0331618/#Cinematographer
Filmographie sélective (réalisateur)
Le jeu de l'hiver, 1961 (coréalisé avec Jean Dansereau)
Le beau Plaisir, 1968 (coréalisé avec Pierre Perrault et Michel Brault)
Capture, 1969
L'odyssée du Manhattan, 1970
Passage au Nord-Ouest, 1970
César et son canot d'écorce, 1971
Le Martien de Noël, 1971
Les raquettes des Atcikameg, 1973
Jean Carignan, violoneux, 1975
Un royaume vous attend, 1976 (coréalisé avec Pierre Perrault)
La veillée des veillées, 1976
Le pain d'habitant, 1977 (coréalisé avec Léo Plamondon)
Léo Corriveau, maréchal-ferrant, 1977 (coréalisé avec Léo Plamondon)
Les boeufs de labour, 1977 (coréalisé avec Léo Plamondon)
Le discours de l'armoire, 1978
La fonderie artisanale, 1978
Les meuniers de Saint-Eustache, 1978 (coréalisé avec Léo Plamondon)
Armand Hardy, menuisier-tonnelier, 1978 (coréalisé avec Léo Plamondon)
Le canot à Renald à Thomas, 1980
Les bottes sauvages, 1980
L'Anticoste, 1986
Dire de Compagnons, 1989
En r'montant l'escalier, 1989
L'arche de verre, 1994
» Visionnez des films de Bernard Gosselin sur ONF.ca