Artisans de l’ONF

Fureter

Groulx Gilles

Portrait Groulx Gilles

30 août 1931 - 22 août 1994 Montréal, Québec, Canada

"Un cinéaste est un journaliste : il doit informer et commenter. Ce qui compte, pour moi, dans un film, c'est la morale, c'est ce que l'auteur exprime. La technique n'a aucune valeur en soi. "L'histoire" aussi n'a pas de valeur, c'est le prétexte au film, c'est comme le modèle pour un peintre impressionniste." La Crue, 15 septembre 1964

"Que chacun passe sa vie à s'occuper de sa vie, que chacun de nos films en soit un rappel. Un film, c'est la critique de la vie quotidienne." Le Devoir, 20 décembre 1969

Issu d'une famille de quatorze enfants d'un milieu modeste, Gilles Groulx devient un collet blanc après un cours commercial. Étouffant dans ce milieu-là, il prend le parti de devenir un intellectuel. Il fréquente quelque temps les Beaux Arts, plus particulièrement l'École du meuble, et adhère au mouvement automatiste de Borduas. Il fait également du cinéma amateur 8 mm. Ses films lui ouvrent la porte de la Société Radio-Canada, où il devient monteur d'actualités. Il tourne trois courts films personnels qui confirment son talent, et entre à l'ONF juste au moment de la révolution du candid eye, en 1956.

Il réalise d'abord avec Michel Brault le film Les Raquetteurs (1958), un film marquant dans l'histoire de l'ONF, en utilisant l'approche candid eye. Avec Golden Gloves (1961), Groulx passe de la foule à l'individu mais sans l'isoler de son milieu.

Voir Miami (1962) nous fait découvrir la dimension poétique du cinéaste. Si le film est un commentaire sur l'Amérique c'est dans un style poétique, presque lyrique, qu'il le développe.

En 1964, Groulx aborde un cinéma éminemment social et politique, qu'il fera sien jusqu'à son dernier film. Le Chat dans le sac, son premier long métrage de fiction, est un film de passage : passage de l'adolescence à l'âge adulte pour les protagonistes qui font face à des choix politiques, et passage possible à l'âge adulte pour un peuple. Groulx en signe le scénario, la réalisation et le montage. Dans ses films de fiction, Groulx met en scène des interprètes qui sont les personnages mêmes de l'histoire ou qui sont très près de ces personnages et peuvent improviser à partir d'une situation donnée.

Entre deux longs métrages, Groulx revient au documentaire avec Un jeu si simple (1965), une tentative de description dramatique de ce qu'est le hockey, sport national, pour le Québécois.

Puis, en 1967, Groulx nous donne une oeuvre imposante, Où êtes-vous donc?, qui relève plus du discours que de la parole. Il met en scène l'homme d'ici dans un contexte planétaire, au moyen d'un collage géant et osé. Ce film est un cri contre la société de consommation, une dénonciation des mécanismes déshumanisants que l'homme crée et utilise contre l'homme. Pour poser son questionnement, le cinéaste élabore un langage cinématographique non conventionnel et accorde au son une importance rare. Il plonge le spectateur dans un amalgame de voix chantantes, de citations, de panneaux ou d'images publicitaires, dans l'environnement des mass médias.

Dans cette lancée pamphlétaire, Groulx enchaîne avec 24 heures ou plus , véritable incitation à la révolution. Ce film sera censuré. Tourné à la fin de 1971, le film ne sera présenté officiellement au public qu'en 1977. Entretemps, il aura tout de même été vu par voies détournées, par des milliers de gens.

En 1977, Groulx réalise un long métrage documentaire co-produit par le Mexique et le Canada. Première question sur le bonheur, reprend le questionnement sur l'exploitation de l'homme par l'homme, mais dans le milieu rural mexicain.

En 1980, un très grave accident interrompt la carrière du cinéaste. Toutefois, il reviendra, en 1982, avec un dernier long métrage : Au Pays de Zom. Dans ce film, Groulx s'attaque au milieu des gens d'affaires dans un pamphlet à l'humour cinglant. Pour ne pas faillir à sa propre tradition d'aborder tous les sujets de facons différentes, Groulx fait appel, cette fois, à l'opéra. Mais ce n'est pas un prince charmant qui chante. Le chanteur Joseph Rouleau, que Groulx admire beaucoup, endosse l'habit d'un financier dans ce film musical.

Ajoutons que Gilles Groulx assumait le montage de chacun de ses films. Son cinéma est un cinéma d'homme inquiet, en perpétuel questionnement devant la vie et le monde. À travers ses films il explore plusieurs facettes du Québec et opte pour la diversité et l'éclectisme stylistiques. Il fut parmi les premiers cinéastes québécois à signer des films d'auteur, aussi bien documentaires que de fiction. On peut dire que, de facon globale, ses films se réclament du marxisme quant à la pensée et de Brecht, pour ce qui est de l'esthétique.

En 1985, le prix Albert-Tessier allait couronner l'ensemble de son oeuvre.