Artisans de l’ONF

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Bobet Jacques

Portrait Bobet Jacques

"Avec le libre-échange et le Lac Meech nous avons besoin plus que jamais d'institutions culturelles comme l'Office. Pourquoi? Parce que tous les éléments de notre culture seront remis en question... Si j'étais le gouvernement, je garderais l'Office comme un de nos biens les plus précieux." La Presse, 30 avril 1989.

Après des études en littérature et en philosophie à l'École normale supérieure de Paris, et l'obtention d'un diplôme supérieur de piano de l'École Marguerite Long, en France, Jacques Bobet séjourne deux ans à New York, où il poursuit des études de maîtrise en éducation, à l'université Columbia.
C'est durant ce temps qu'il prend contact avec l'Office national du film du Canada, pour lequel il fait des traductions et des versions. En 1947, l'ONF l'embauche comme relève possible à la direction musicale, mais c'est aux versions qu'il commence à travailler.

Versions francaises dans un ONF à 90% anglais. Équipe francaise sous supervision anglaise. Les francophones qui travaillent beaucoup, travaillent à longueur d'année pour des équipes anglaises. Dans le rapport annuel, les films en francais apparaissent sous "foreign languages". Pas de production francaise, mais une production "en francais".

À cette époque-là, l'équipe francaise se défait aux deux mois. Jacques Bobet se lance le défi, dans les années cinquante, d'assurer une continuité, l'excellence dans le travail et une dignité égale entre les deux versions d'un même film. Devant la narquoiserie de certains face aux versions, Bobet lance un slogan : "La version est toujours meilleure que l'originale". Cette qualité fera la fierté de l'équipe francaise et cette fierté fera beaucoup pour accréditer le fait francais. Cette confiance qu'ils finiront par obtenir à force de travail de bonne qualité allait leur être acquise d'entrée de jeu au moment de réaliser des films "originaux".

Pendant ses premières années, il signe quelque cinq cent adaptations francaises des films anglais. En 1951, on le nomme producteur aux versions francaises, traductions et révisions. En 1956, il devient producteur exécutif de la toute nouvelle section des versions et assume, à compter de 1959, le rôle de producteur pour des films originaux.

Avec la venue à l'ONF de Michel Brault, Claude Fournier, Gilles Carle et Gilles Groulx, s'amorce une deuxième étape. Selon Bobet, "le cinéma en direct, arrivant au Canada, même s'il ne le sait pas encore, même s'il s'y attache déjà des noms prestigieux en France ou aux États-Unis, vient de trouver sa vraie terre d'élection et les équipes qui vont, en quelques très courtes années, en faire l'un des arts majeurs des années 50 à 80". Bobet admet avoir vécu, grâce à l'expérience du direct, une des plus belles expériences de sa vie comme producteur.

On doit à la largesse d'esprit de Jacques Bobet qu'au début des années soixante, des films tels Le chat dans le sac, La Vie heureuse de Léopold Z. et Pour la suite du monde aient pu se faire.

En 1966, il démissionne de son poste afin de pouvoir réaliser lui-même quelques films, notamment Étude en 21 points, qui lui vaudra trois prix. Mais dès 1968, il devient le premier directeur du tout nouveau Comité du programme. À la fin de son mandat de deux ans, Bobet reprend ses fonctions de producteur. Il produira plus de quarante films, entre 1970 et 1983, avec des réalisateurs tels Jean-Claude Labrecque, Jean Beaudin, Marcel Carrière et Georges Dufaux. Il s'occupera de coproductions avec le secteur privé à compter de 1982 et agira alors en tant que producteur exécutif du Studio C (longs métrages de fiction).

Jacques Bobet a laissé sa marque à l'ONF, par l'éventail des films qu'il a produits et qui donnent la mesure de son talent. On peut dire qu'il exercait un choix éclairé quant aux sujets, aux créateurs et dans les grandes orientations à donner à la production. Son humour et son goût du paradoxe et de la formule ont certainement contribué à l'originalité des films qu'il a produits.

Jacques Bobet a glané prix et honneurs au cours de sa carrière et après qu'il se fut retiré. En outre, il a été fait chevalier de l'Ordre du Canada et a recu le prix André-Guérin du cinéma.

Jacques Bobet a quitté l'Office en 1984 pour reprendre une carrière de professeur, mais de professeur de musique cette fois-là car, comme il le disait, "quelle importance tout cela a-t-il en regard d'une seule note de Mozart"?

L'ONF a donné son nom à l'une de ses salles de réunion.