Artisans de l’ONF
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Moreco Lina B.
Lina B. Moreco s'est toujours sentie préoccupée et interpellée par la société et les êtres humains qui la tissent. « J'ai commencé à faire du cinéma parce que c'était le meilleur moyen à ma disposition pour démythifier la société », précise-t-elle pour mieux définir sa quête.
Dès 1989, alors qu'elle effectue ses études en cinéma à l'Université Concordia, son premier court métrage de fiction Pollution de famille remporte le prix de la relève universitaire de l'Académie canadienne du cinéma. Par la suite, elle complète une maîtrise en cinéma et tourne De l'autre côté du monde (1990), qui trace le portrait de quatre enfants mésadaptés socio-affectifs. Dès cette période, Lina B. Moreco décide de se consacrer principalement aux documentaires, se penchant particulièrement sur l'éthique sociale. Ses films visent notamment à mettre en lumière la façon dont les êtres les plus vulnérables sont traités par les détenteurs de pouvoir.
Primé par Sida-secours et Radio-Québec, Vivre à mort (1992) explore la réalité des personnes itinérantes alors que La mort des masques (1995) s'attarde au sort des prisonniers réhabilités. Évitant les pièges du voyeurisme, la cinéaste veut aller au fond des choses : « Je ne porte pas un regard extérieur sur ces problématiques. J'aborde les sujets qui m'inquiètent personnellement. »
Dans la foulée de son documentaire Croire (1997), qui propose un questionnement sur la foi et l'invention de Dieu, son attention se porte naturellement sur un sujet encore tabou : le droit pour les grands souffrants de mourir dignement et librement. Elle signe Mourir pour soi en 2002 et effectue une tournée au Québec au cours de laquelle elle rencontre des parents qui attirent son attention sur le sort des enfants malades.
Les révélations bouleversantes d'un médecin la convainquent ensuite de l'urgence et de la nécessité de tourner un documentaire sur les conséquences dramatiques de l'acharnement thérapeutique en pédiatrie. Elle dévoile ainsi cette réalité méconnue au grand jour avec le troublant Médecine sous influence (2004), lequel récolte le prix Gémeaux du meilleur documentaire à caractère scientifique. Dans le cadre de la poursuite de son doctorat en sociologie, en 2003, elle rencontre certains parents d'enfants qui ont développé des maladies neuro-immunitaires à la suite de vaccinations. Poussant son enquête un peu plus loin, elle découvre que, malgré la fréquence de tels accidents post vaccinaux, la loi du silence continue à régner au sein de la profession médicale. Émue par le peu de recours accessibles aux victimes, elle explore ce dossier brûlant avec une redoutable efficacité dans son nouveau film Silence, on vaccine.
Lina B. Moreco ne craint pas d'aborder des thèmes controversés et de remettre en question les certitudes de l'ordre établi. Mais plutôt qu'une militante, elle se considère davantage comme une porte-voix au service de gens qui, malgré leur détermination, sont souvent mal outillés pour sensibiliser la population à certains problèmes sociaux. « L'important pour moi, c'est de leur donner la parole », conclut la cinéaste qui travaille présentement sur deux nouveaux projets, l'un portant sur la place réservée aux nouvelles approches médicales dans notre société, l'autre sur les fondements historiques et anthropologiques de nos comportements sexuels.