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LA RAGE, la frustration, le désespoir. Trois mots qui reviennent sans cesse dans les propos des jeunes de la rue, mais qui évoquent aussi les sentiments éprouvés par leurs parents, souvent jugés et condamnés avant d'être entendus. C'est pour eux, les parents de toxicomanes, que la cinéaste a voulu réaliser ce film. Pour ce faire, Andrée Cazabon a revécu son propre passé en s'attachant aux parcours de Cathy et de Laurent, deux jeunes qui sont loin d'en être sortis. Elle les a suivis de longs mois sans rien cacher de leur existence ravagée, des rechutes qu'ils accumulent, de leur impuissance face à la drogue. L'espoir existe pourtant, puisque la jeune réalisatrice est là pour témoigner avec courage et créativité d'une vie qu'elle a trop bien connue.

Pour une rare fois, voici donc un film qui témoigne de la détresse des parents. Ceux de la cinéaste d'abord, qui retracent les étapes de leur combat pour retrouver leur fille, la sauver malgré elle et sauver du même coup l'unité familiale. Un bilan qui prend la forme de lettres du père lues avec émotion et sobriété, qui disent tout de son désarroi : « Jamais je n'aurais pensé que dans une famille comme la nôtre », commence-t-il. Un désarroi dans lequel sont toujours plongés les parents de Cathy et de Laurent. Comment expliquer que son enfant se laisse happer par la drogue et la rue et s'expose chaque jour aux pires dangers? Comment affronter un système qui considère les parents avec suspicion, qui leur refuse un véritable soutien en se rangeant le plus souvent du côté des jeunes? Comment éviter l'enlisement, continuer à vivre malgré tout?

L'incompréhension, l'angoisse, la culpabilité. C'est dans cet état d'esprit que vivent en permanence les parents de toxicomanes. Sans oublier la peur constante de voir mourir leurs enfants. Là encore, le film n'embellit pas la réalité. Les images sont crues, les mots sans détour. Laurent décrit comment il a frôlé la mort; une scène nous le montre balbutiant des propos incohérents en fumant du crack. Puis la caméra suit la course folle d'une Cathy terriblement mal en point, en quête d'une dose d'héroïne. Rongée par l'inquiétude, sa mère, Marjolaine, arpente en voiture les rues de Montréal, tentant de retrouver sa fille après plusieurs mois sans nouvelles. Pendant ce temps, Pierrette fait ses emplettes de Noël, ignorant tout de la désagréable surprise que lui réserve son fils Laurent.

« Avec ce film, mes parents et moi avons revécu le drame », conclut la cinéaste. Au risque de revivre une souffrance qui, souhaitons-le, bénéficiera à d'autres parents comme Marjolaine, que l'expérience du tournage a beaucoup fait évoluer. Sortir de son isolement, se renseigner, ne jamais baisser les bras. Voilà ce qu'elle conseille à ceux et celles dont l'amour parental est mis chaque jour à si rude épreuve.

1999, 51 min 57 s

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Prix Denise Lefebvre - catégorie: Promotion et Éducation santé
Festival Vidéo Santé / Festival international du multimédia et de la vidéo santé
Du 8 au 9 juin 2000, Montréal - Canada